Festival d’Avignon ou partout ailleurs : allez voir Manuel Pratt !

Manuel Pratt est un comédien qui écrit toutes ses pièces, réalise la mise en scène et les joue, seul ou parfois accompagné.
Photo prise par Yannick Perrin

Photo prise par Yannick Perrin

Vous n’avez jamais entendu parler de lui ? C’est normal.

Il est censuré partout : viré de France Inter, banni de la télévision. Il n’a pas la langue dans sa poche dès lors qu’un fait le révolte, que ce soit politique, sociétal ou que sais-je encore. Il n’a aucun tabou dans son discours et peut mettre mal à l’aise, cela dit, il le fait avec intelligence et finesse.

Ce que Manuel Pratt en dit : « Ce que je dois être naïf et con d’avoir voulu participer à cette émission que je ne citerai pas, procès oblige, mais que je vous laisse deviner, sur cette radio d’État que je ne citerai pas et que je vous laisse deviner là aussi … Naïf oui, car je me disais qu’actuellement avec un titre pareil pour cette quasi quotidienne sauf les samedis et dimanches, à l’heure du déjeuner avant les infos de 12h 30, les indices avancent… je pensais malgré le licenciement d’autres humoristes que le vent de folie d’une censure puante était passé et qu’on pouvait s’exprimer en toute quiétude.. Putain, ce que je suis con quand même… Je  suis tombé directement dans le royaume des nazes, des techniciens qui appellent les invités : «  les clients », qui se foutent en cabine régie de la gueule du public et même de certains participants exceptionnels, quant aux pseudos humoristes chroniqueurs, n’est pas Desproges qui veut Mr DM., c’est pas parce qu’on parle avec la même intonation, qu’on essaye de faire de longues phrases que l’on débite sans prendre son souffle que l’on ressemble à Mr Cyclopède, hélas… Même si DM avait un cancer le sien serait encore plus nul que le crabe qui nous a enlevé Desproges. Bande de faux drôles ! Tous espérant un sourire, un regard du Roi, de la Majesté, un nabot boudiné dans un jean’s trop étroit, permanenté et puant l’after shave, sûr de son pouvoir et de sa force, on n’est pas producteur pour rien… Avec un accent anglais à chier et des centres d’intérêt qui nous donneraient envie de croire en la réincarnation pour que Robespierre revienne et nous enlève pour toujours ce personnage écoeurant, mélange de Reine d’Angleterre qui aurait niqué avec un chihuahua obèse. Fallait il que je sois sous le choc pour ne pas profiter d’avoir le micro et en direct raconter à la foule ce que se disait réellement dans les coulisses. Bah, oui, j’ai fermé ma gueule trop abasourdi par tant de crasse. Par chance, j’ai réalisé que je ne serai jamais volontaire pour être le bon gaucho de service, le bon youpin servile, l’excuse, comme certains ou certaines peuvent être le bon ou la bonne arabe, la Droite aime bien avoir son «  étranger excuse », sa bonne caution qui fait dire aux auditeurs naïfs eux aussi: « Allons, allons, ils ne sont pas racistes, ils ont un ou une arabe dans leur équipe »  Le FN jouait aussi cette carte pourrie… Par chance, donc, je restais moi-même et je fus de suite viré, sans un regard, chassé de la Cour, vil manant, sinistre pauvre, crétin du peuple, ouste ! Dehors !! Je ne demandais rien d’autre que quelques mots, juste une explication franche et sincère, je vous avais dit que j’étais naïf …  C’est mon défaut, je veux bien qu’on m’encule , mais avant j’aime bien qu’on m’embrasse.. Je vous l’avais dit, je suis un tendre… »

Artiste multiple

Manuel Pratt possède le talent de pouvoir faire rire ou pleurer selon ce qu’il interprète. Il n’est pas que dans le registre humoristique, il fait également du théâtre documentaire qui ne laisse personne indifférent. Il a notamment mis en scène des pièces comme Évadés d’Auschwitz, Couloir de la mort ou encore Algérie Contingent 56.

Il est à noter qu’il s’investit personnellement en amont de son écriture. Ainsi pour Couloir de la mort, il a correspondu pendant plusieurs années avec un détenu américain, puis l’a rencontré quelques mois avant son exécution. Conséquemment à ça, il a pu faire témoigner cet homme sur les conditions de détention absolument terrifiantes et sur une mort programmée au nom de la justice.

Pour Algérie Contingent 56, il a sillonné les routes de France afin de rencontrer d’anciens appelés pour comprendre leurs ressentis et/ou leurs actes dans cette « sale guerre ». Avec Jean-Marc Santini et Khalida Azaom, il a réussi à nous renvoyer à l’époque de l’Algérie française. Grâce aux témoignages recueillis, il a mis en scène deux appelés français aux opinions divergentes et une femme algérienne racontant la souffrance de son peuple.

Manuel Pratt s’efface derrière ses personnages mais reste fidèle à ses opinions, il incarne divers rôles pour le besoin de la mise en scène mais avec un texte au diapason de ses idées et de ce qu’il veut dénoncer.Ce n’est pas pour autant un donneur de leçons, il s’interroge avant tout sur l’humain et essaie de le comprendre.

Il fait de même lors de ses spectacles humoristiques, tout le monde en prend pour son grade : les beauf’, les intégristes, les politicards, les handicapés ou même encore les tueurs en série. Il rit de tout et nous fait rire de tout, peut-être parce que ces sujets nous font justement peur…

Du théâtre pour tous !

Inutile de s’inquiéter du prix si vous voulez le voir sur scène, il se fait payer au chapeau. C’est-à-dire que selon vos moyens, vous donnez ce que vous voulez et même rien si vous êtes fauchés. Cet artiste estime que tout le monde a droit au divertissement et notamment au divertissement intelligent, c’est pourquoi il a cet démarche totalement sincère et désintéressée n’en déplaise à son banquier.

Ce que Manuel Pratt en dit : « Je ne veux pas jouer les martyrs, les comédiens ignorés des mécènes lointains, des producteurs avides, non je tiens tout simplement à une liberté complète, liberté que j’assume et que je paye chèrement et l’expression est bien choisie … Je ne peux critiquer un système politique, une gestion municipale si chaque mois, je dois recevoir de la Ville ou de l’Etat, de l’argent qui me permettrait de m’exprimer sur scène…   Cela serait malhonnête et profondément obscène. Je ne veux pas non plus que le prix d’entrée soit un facteur de tri, un obstacle, une barrière, une interdiction pour un spectateur qui n’aurait pas les moyens financiers  de venir se détendre. Ma porte doit rester ouverte et elle le restera. Certains me diront que financièrement cette démarche est suicidaire,  que c’est un sacrifice inutile, souvent ses remarques proviennent de directeurs de théâtres qui se vantent d’avoir une programmation à tendances sociales et humanistes, que le spectacle vivant doit être partagé mais ce sont aussi les mêmes qui pratiquent des tarifs exorbitants, pratiquant dès lors la sélection par les revenus … Vous avez dit social ???? Que fait dès lors celui ou celle qui se sent rejeté de partout car financièrement  non autonome, il ou elle se tourne vers le seul moyen d’expression qui reste à peu près gratuit (j’oublie la redevance) il ou elle se cale devant la télé et absorbe les niaiserie, télé réalité, les jeux débiles, les animatrices vulgaires, les jurys aux carrières ratées qui pour avoir été humiliés se mettent à humilier à leurs tours… Je ne critique pas spécialement le spectateur de rester scotché devant Tf1, M6 ou tout autre chaîne ; a-t-il, d’ailleurs le choix pour un autre loisir si même pour manger, il a du mal à assurer la gestion de son quotidien. .. Mais si on lutte contre ces chaînes et leurs programmes putrides, encore faut-il donner au public un autre choix, une autre possibilité de ne pas rester agglutiné devant son petit écran, bientôt trois D ..quoique 3 D , il l’a toujours été : Détestable, débile et Dégueulasse. C’est la raison du payement libre.  Et m’auto finançant à 100%, on ne pourra pas m’accuser de démagogie simpliste. »

Son actualité en Avignon durant le mois de juillet.

Il jouera, comme les années précédentes, quatre pièces : deux les jours pairs, et les deux autres les jours impairs. Il y aura deux spectacles humoristiques, fins dans l’écriture et le questionnement, et deux spectacles à tendance « théâtre documentaire » comme je détaillais précédemment.

En dehors du Festival d’Avignon, il tourne un peu partout en France le reste de l’année, du moins là où l’on accepte, car peu de salles se risquent à l’inviter étant donné son image de comédien extrêmement subversif.

Vous pouvez retrouver toutes ses dates sur son site, ou bien vous rendre sur sa page Facebook ici

Mon Festival d’Avignon

Avignon pendant le Festival
 J’ai toujours aimé le théâtre, lorsque j’étais petite, j’allais avec ma famille voir les représentations de mon petit bled, du boulevard sans prétention, pas incroyable, mais il n’y avait pas de quoi rougir.
Puis j’ai eu la chance d’aller dans un collège et dans lycée où le théâtre était largement mis à l’honneur, j’ai ainsi pu voir différents genres, et ça m’a vraiment plu.
J’ai tenté également de m’inscrire dans le club de théâtre de mon collège, résultat pas fameux, je joue comme une quiche, je suis incapable de me laisser aller, alors je préfère réserver ça à ceux qui savent et je me contente d’être une spectatrice ou une petite-main dans les coulisses.
Il y a 2 ans, j’ai eu la chance immense de pouvoir aller au Festival d’Avignon, le off évidemment, l’autre est bien trop cher, et dans le off, on trouve vraiment des pépites.
photo trouvée ici
C’est là que j’en viens à Manuel Pratt, j’en avais vaguement entendu parler via mon ancien professeur de lettres, et je vois sur mon programme qu’il va jouer 4 pièces durant mes quelques jours dans le sud, je n’ai pu malheureusement en voir que 3, mais j’ai été époustouflée par le talent de cet homme, il écrit, met en scène et joue ses propres spectacles, environ 4 par an il me semble. J’ai eu la chance de voir « Algérie contingent 56 », « Couloir de la mort » et « Le cadeau ».
Je vous renvoie à son site pour en savoir un peu plus sur ces dernières, notamment à cet article qui parle de « Couloir de la mort ».
Concernant « Algérie contingent 56 », il y a sur vimeo une très bonne vidéo pour se faire une idée. Je vous conseille très vivement de la regarder.
Manuel Pratt est un artiste à multiples facettes, il peut aussi bien être dans le registre dramatique que humoristique, de plus son engagement est très appréciable, il n’hésite pas à balancer les défaillances ou absurdités sociétales et politiques, tout ça en n’étant jamais dans la facilité ou la vulgarité. Il y a toujours une élégance dans ces spectacles même lorsque les pires horreurs sont prononcées.
C’est une écriture magnifique, et malgré quelques improvisations, c’est de mon avis, toujours parfait, ciselé, bien joué, pas un mot de trop ou de moins, il peut être caustique, cynique, provoc’ mais c’est sa patte et il le fait extrêmement bien.
J’ai également eu la chance de le voir au Théâtre du Funambule il y a quelques mois, à Paris, pour « Le Meilleur du Pire II », un spectacle hilarant mais qui donne à réfléchir sur le monde dans lequel on vit.
Il revient cette fois-ci en mai et en juin sur Paris, toujours au Funambule, mes places sont déjà réservées, il s’agit du Festival « C’est toi qui vois », j’ai hâte de le revoir jouer, c’est un délice à chaque fois. Allez-y, vous ne le regretterez pas !
Enfin, pour le théâtre, on peut rapidement s’inquiéter du prix, c’est connu pour être cher, ici, il n’y a aucun souci, Manu Pratt pose un chapeau sur la scène à la fin de son spectacle et on donne ce que l’on veut selon nos moyens, je trouve que c’est assez rare une telle prise de position et cela mérite d’être souligné ! Je vous renvoie encore une fois à son site où il explique sa démarche ici. Démarche absolument pas démago !
Son fief à Avignon
Pssst : son site officiel est ici, pour les dates de ses prochains spectacles, c’est ici