Le Chagrin et la Grâce

Il est abîmé car d’occaz sur Amazon, je suis la clef de voûte de leur chiffre d’affaires je pense.

J’aimerais parler d’un livre que j’aime bien, mais en cherchant ce que je pourrais en dire, la seule chose qui m’est venu à l’esprit c’est : »bah c’est bien », « bah c’est super ». En effet c’est super comme critique, c’est hyper constructif, et ça donne envie hein.
Pourtant, après des heures et des heures à décortiquer des bouquins à la fac, à passer une heure sur une phrase, à me faire chier avec la grammaire avancée, ou que sais-je encore, je suis a priori capable de mieux.
Alors pourquoi ce « bah c’est bien » d’aujourd’hui. Je ne sais pas.
Et comme ça m’embête un peu, je vais tenter de m’améliorer.
Cela étant dit, j’aimerais vous parler du livre « Le Chagrin et la Grâce » de Wally Lamb, qui est donc un bon bouquin à mes yeux. L’histoire commence par la fusillade qui a eu lieu au lycée Columbine, les protagonistes étant respectivement professeur et infirmière dans cet établissement.
En fait, c’est une grande épopée qui nous ramène jusqu’aux confins de l’Amérique profonde, et ce jusqu’au XIXe siècle ; ça parle de la création d’une prison pour femmes dont le slogan est « Une femme qui abdique sa liberté n’est pas tenue d’abdiquer sa dignité » (moi je trouve ça déjà hyper parlant), du stress post-traumatique (qui est extrêmement bien analysé par l’auteur), etc.
Parlons de l’auteur, il a mélangé réalité et fiction, ainsi il rend hommage aux victimes et se pose la question du pourquoi de toute cette haine et de ses conséquences…
La façon dont l’histoire est racontée est bien goupillée (je déteste mes critiques), on se retrouve dans les personnages (wouah le poncif).
Bref, c’est bien, et je préfère encore vous laisser avec la quatrième de couverture car j’ai vraiment honte de cette critique.

La place

J’ai quasiment toujours été coincée entre deux mondes : celui de ma famille, des gens modestes ayant reçu une éducation simple, et le mien où j’ai eu la possibilité d’aller au lycée, de passer un bac général puis d’enchaîner avec la fac.
Annie Ernaux (photo trouvée ici)
L’auteur, Annie Ernaux, analyse très bien cette scission que l’on peut ressentir ici ; je me retrouve beaucoup dans ce qu’elle a pu écrire :
 Je me dis que voilà, la coupure est à l’intérieur de moi. Ce sont deux mondes irréductibles. La lutte des classes est en moi. J’ai un mode de vie, une façon physique d’apparaître qui est celle de la classe dominante, je vais pas me le cacher. Mais je sais quelle était ma vision de petite fille, d’adolescente, et ce n’est pas réconciliable. Ma mémoire est dans un monde et ma vie est dans un autre et ça, c’est insupportable.
J’adhère également totalement à cette phrase :
 Aujourd’hui, je pense que l’école est un instrument de promotion personnelle pour les classes intellectuelles supérieures, pas pour les autres.
Annie Ernaux a connu des scènes où les différences de classes sociales étaient flagrantes, malheureusement c’est encore le cas aujourd’hui dans certaines situations :
(…) une scène dans un restaurant où les gens riches du groupe sont bien servis car ils prennent le menu à la carte, et nous, personne ne prête attention à nous car nous sommes au menu.
Enfin, une des phrases qui me parle le plus dans cet interview :
Je revis souvent des situations où je me sens exclue, alors que je ne le suis pas. C’est parce que je ne suis pas à ma place, je ne me sens pas à ma place, d’une façon ou d’une autre. Et maintenant, ça ne m’intéresse pas, je n’en souffre plus car ça ne m’intéresse pas d’appartenir à ce monde. Je n’ai jamais voulu en faire partie, sauf au moment où j’ai voulu y accéder. Mais à peine entrée, je n’ai eu de cesse de vouloir en sortir.
Afin de comprendre pourquoi Annie Ernaux a vécu cette souffrance, il faut se reporter à son évolution dans la société ; fille de parents vivant dans un milieu très modeste, ouvriers puis petits commerçants, elle est placée dans une école religieuse où son intelligence est mise en avant, mais elle se retrouve là-bas avec des filles venant de milieux plus aisés, de milieux où les parents ont pu faire de plus grandes études, et elle ne trouve pas sa place, ce qui ne l’a finalement pas empêché d’obtenir une agrégation de Lettres Modernes, mais toujours avec ce sentiment diffus de n’être pas à sa place.
Je me retrouve beaucoup dans cette femme. Il a pu m’arriver d’avoir honte de mes origines, on me l’a même parfois fait ressentir, pas forcément intentionnellement mais j’ai une anecdote qui reste ancrée en moi.
Cela se passait au collège, notre groupe de théâtre devait aller assister à une représentation vers Paris et il fallait des accompagnateurs. J’ai proposé à ma grand-mère de venir car elle aimait aller au théâtre de notre bled (et qu’on était très proche).
Lorsque j’ai dit à mon professeur que ma grand-mère était partante, je me souviens très bien de ses mots « Es-tu sûre que cela va lui plaire et qu’elle ne va pas s’ennuyer car ce n’est pas du théâtre comme on peut en voir ici, c’est plus élaboré » ; ça peut ne paraître rien cette phrase, mais c’est sans doute le résumé de cette coupure toujours ressentie.
Lorsque j’entends dire que la fac s’est démocratisée, je ne suis absolument pas d’accord, il y aura toujours ceux d’un côté qui ont eu des parents qui les ont emmené à l’opéra, voir des expositions, qui avaient une grande bibliothèque, etc. Puis, les autres, qui devront faire quinze fois plus d’efforts parce qu’ils n’ont pas reçu ça en héritage, et lorsqu’on fait partie de ces derniers, on le ressent, constamment, si on est bon en cours, les profs vont s’étonner « parce que quand même, être fille de coiffeuse et cartonner à la fac, c’est bizarre » ; je ne caricature que très légèrement.
Dans le sens inverse, notre famille peut également se sentir flouée, parce qu’on est celle qui réussit, celle qui a l’impression de parler normalement mais à qui on fera répéter trois fois un mot parce que non compris. Celle qui partira de sa campagne pour faire des études supérieures en ville, celle qui ne suit pas le même chemin que les autres qui iront en CAP, BEP, bac pro…
On parviendra ainsi presque à en vouloir à cette fille, nièce, petite-fille, cousine, etc. d’être « différente », on pourra l’accuser de se la jouer, de faire exprès de parler différemment, de prendre les autres de haut, de mépriser les filières professionnelles, etc. Tout ceci peut aller très loin alors que justement, on se pensait en adéquation avec nos origines, notre famille, l’ayant toujours connu, eux, pourront nous rejeter, car se sentant peut-être « abandonnés ».
Finalement, on se sentira étrangère dans les deux mondes, jouant un rôle selon les personnes à qui on devra s’adresser, un vrai jeu d’acteur mais un acteur à qui on ne propose jamais de rôle…
image trouvée ici
Je vous conseille vivement de lire ses ouvrages, je pense notamment à « La Place », un bouquin qui traite très bien de ce sujet, mais le reste est vraiment bien également, n’hésitez pas !

Celtic-on-line

Lors du réveillon de Noël, j’ai eu la joie de recevoir des cadeaux (comme pas mal de monde), dont plusieurs livres, et un en particulier dont je vais vous parler.
Il s’agit de Celtic-on-line de Brigitte Hervé, il me semble que c’est sa première publication, et comme le titre l’indique, les celtes sont à l’honneur.

Trêve d’introduction, que vaut ce livre ?
Au premier abord, je me suis dit « hmmm le titre n’est pas super », un peu commercial quoi…
Puis je me suis décidé à le lire.
Verdict :
Le côté fictionnel est un peu pauvre, on ne s’attache pas vraiment aux personnages, l’histoire reste plate et sans profondeur ; je peux quand même concéder que c’est relativement bien ficelé mais sans plus, on ne rentre pas dans une grande saga où les protagonistes sont étudiés et analysés, on se fout un peu de ce qui va ou non leur arriver.
La véritable qualité du livre se trouve dans l’approche historique, on apprend beaucoup de choses sur l’histoire des celtes depuis leur apparition (bien avant Jésus Christ et ses potes) jusqu’à aujourd’hui, on sent que l’auteur a fait énormément de recherches, et je lève mon pouce pour la bibliographie se trouvant à la fin du livre nous permettant de piocher parmi les titres pour approfondir tout ceci si ça nous botte.
Ce n’est pas un bouquin que j’offrirais ou que je conseillerais en tant que roman, cela étant dit il permet de façon ludique et moins enquiquinante que de se plonger dans un pavé sur l’histoire d’en apprendre beaucoup sur la culture celtique : d’où ils viennent, leurs us et coutumes et j’en passe.
En gros, lisez le si vous voulez apprendre des choses sur les celtes, mais ne vous attendez pas à un chef d’oeuvre de la littérature.
La prochaine fois, je parlerais de livres que j’aime vraiment, ce sera plus sympa 😉